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Archive de la catégorie Psychologie

La Bestialité

Thierry Galibert

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Editions Sulliver - Mai 2008
  • Présentation

La bestialité n’est pas la bêtise, ainsi peut-on la rencontrer dans des esprits reconnus, tels André Breton et Jean-Paul Sartre. Elle affecte l’intelligence, et conduit à penser à contre bon sens, le plus souvent avec suffisance. Pour la cerner, l’auteur prend le parti de s’appuyer sur Antonin Artaud qui fut à la fois le plus grand pourfendeur de la bestialité et sa victime emblématique. A la suite de Marx qui la découvre en Victor Hugo, Antonin Artaud traque la bestialité dans la modernité occidentale, notamment dans le surréalisme. Avec Nietzsche, il constate que le processus évolutif de l’Occident conduit à transformer le monde en hôpital psychiatrique potentiel en lequel l’aliéné n’est pas celui qu’on croit.

  • L’auteur

Thierry Galibert est professeur de littérature française à l’Université Paul Cézanne/Aix-Marseille III, spécialiste de la poésie française du XIXe et du début du XXe siècle. Directeur de collections chez plusieurs éditeurs, et en particulier de la collection Archéologie de la modernité aux éditions Sulliver, il est aussi co-fondateur du Centre des Ecrivains du Sud. Auteur de nombreux articles et d’essais sur ce thème, Thierry Galibert a aussi dirigé le colloque consacré à Antonin Artaud, écrivain du Sud.

  • Extrait

” Socrate avait été, d’une certaine façon, le premier dénonciateur de la bestialité en même temps que sa première victime. Pour lui, « vide […] de toute pensée », l’homme du jouir ne vit pas « une vie d’homme », mais « celle d’une espèce de mollusque marin ou de tout ce qu’il y a dans la mer d’animaux avec un corps encoquillé ». L’automate d’Artaud est l’homme de la modernité tellement engagé dans la possession et la jouissance de la nature que, plus il affirme sa personnalité, plus il s’éloigne de lui-même. Le cogitatum y a annihilé le cogito, l’acte individuel de penser s’est abstrait de lui-même dans la réalité abstraite qui autorise à considérer le bien indépendamment du Vrai. Dans le double mouvement de réflexivité et d’ingestion de savoir, dans la confusion de la Vie et de l’existence, dès l’école se fabriquent les conditions de la bestialité dont la propension naturelle est de bâtir la cohésion sociale sur la dépouille de l’intelligence. Pour donner quelque crédit à la critique du capitalisme, il faut insister sur l’adhésion de toutes les Lumières progressistes à la thèse de la Liberté et du Bonheur d’Adam Smith. Non pas à un Smith pris synchroniquement dans ses Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations, mais préalablement auteur de Théorie des sentiments moraux. Tout le système libéralo-socialiste de la modernité occidentale, toute la pensée libertaire et matérialiste se situe dans la perspective d’Adam Smith pour qui le « seul usage » et l’« unique but » des institutions sociales est de « promouvoir le bonheur de ceux qui vivent sous leur juridiction ». Et qu’elle soit, pour cela, devenue le meilleur promoteur du capitalisme, c’est évidemment à sa conception de la liberté qu’elle le doit, celle-là même qui autorise le capitalisme à justifier par elle, et sa liberté d’entreprendre et la liberté qu’il accorde de consommer.
Que celui qui lutte « à 1 contre tout le monde, quand je suis seul de mon avis » finisse en bouc émissaire n’a donc rien que de très socio-logique. A Marseille, au moment de chercher des noms d’écrivains pour baptiser les salles de sa nouvelle bibliothèque, la direction s’est refusée à choisir Artaud au motif qu’il « sent le souffre ». S’il fut un temps où mieux valait avoir raison avec Breton que tort avec Artaud, il n’est pas révolu puisqu’il reste celui de penseurs qui, tels Breton et Sartre, croyaient qu’il suffisait de théoriser la liberté et le bonheur pour les croire applicables. Artaud, pour sa part, savait que les individus « les plus libres, les plus détachés, les plus évolués » le « croient idéologiquement ». Or que dire d’une pensée occidentale qui prône la liberté d’être soi si celui qui l’assume est ir-responsable de la tekhnê qu’il utilise ? En leur siècle, Sartre et Breton sont, dans leurs domaines respectifs, les exemples emblématiques de cette intellectualité qui a accumulé trop d’erreurs pour pouvoir les confesser. Contrairement à un pouvoir religieux qui finit par s’excuser de ses errements passés, la bestialité, dans sa continuité intellectuelle de cerveaux à cerveaux, persiste à pratiquer des procès en inquisition manichéens, et le pire est évidemment qu’elle y parvienne au nom des droits de l’Homme à la Liberté. “

  • Table des matières

Avant-propos
1. UNE SOLITUDE SANS COMPROMIS
1. Le cadre des apparences
2. Le bluff surréaliste
II. NOTRE IMPUISSANCE À POSSÉDER LA VIE
3. La séparation de l’idée d’avec la forme
4. L’esprit pratique
III. UN FASCISME DE LA CONSCIENCE
5. L’exsudat parasitaire du réel
6. Le mental réfléchissant
CONCLUSION
Le suicidé de la société
Notes
Index des noms

  • Critiques, dossier de presse

Traquer la bête
Parcours. La plongée littéraire de Thierry Galibert dans «la maladie de l’intelligence», avec Antonin Artaud en fil conducteur.

Par Robert Maggiori (Libération, 5 juin 2008)

Extrait : “Il n’est question, ici, ni d’amis des bêtes, ni de bêtes amies des hommes. Pas plus que d’exactions féroces, qu’on préfère déraciner de l’humanité et attribuer à l’animalité - alors qu’aucun animal n’agit jamais de façon «bestiale». Ni «rechutes» en ces états sauvages où se trouvait l’espèce humaine avant que Raison lui fût donnée. Encore moins d’accouplements peu naturels avec chiens ou ânesses. Aussi ne comprend-on pas tout de suite pourquoi l’imposant essai de Thierry Galibert, professeur de littérature française à l’université Aix-Marseille (1), s’intitule la Bestialité. Il dit expressément être consacré à la «maladie de l’intelligence», ce qui, au lieu de la bestialité, fait entrevoir la bêtise. Mais cette maladie-là est celle d’Antonin Artaud, qui en fut «le plus grand pourfendeur et la victime la plus emblématique» : elle n’est donc ni bêtise ni bestialité, sauf à considérer imprudemment que la folie y conduit, ou, mieux, à donner à bestialité un sens particulier que seul Nietzsche, peut-être, a entendu, et auquel Galibert donne une extension et une profondeur inouïes.”

Le besoin de l’impossible

Impasses collectives et promesses d’avenir

par Patrick Lynes

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Liber  - 2007
  • Présentation

Le besoin de l’impossible, tout homme l’éprouve d’une manière ou d’une autre, le déshérité comme celui qui vit dans l’opulence, l’exploité comme celui qui en profite, le croyant comme celui qui ne jure que par l’objectivité scientifique. Au même titre que la sensibilité et la raison, ce besoin de l’impossible est une caractéristique fondamentale de l’homme; lui seul peut rêver, imaginer, espérer, se représenter l’invraisemblable ; la puissance absolue, la liberté absolue, la vérité absolue. Lui seul peut nier la réalité au point d’envisager l’immortalité. Lui seul est capable de se mesurer à l’impossible.»
Mais qu’en est-il de ce besoin à une époque où l’idéal a cédé la place à l’idéalisation de soi ou à la rigidité de causes sectaires, où l’individualisme n’ouvre sur aucun horizon, où la rationalité instrumentale réduit chacun de nous à un ensemble de variables biophysiques, où la logique marchande calcule nos moindres désirs ? C’est sur ces questions que s’arrête la réflexion consignée dans cet ouvrage qui rappelle l’urgente nécessité, individuelle autant que collective, de retrouver un élan porté par l’impossible.

  • L’auteur

Patrick Lynes est psychologue en pratique privée et chargé de cours à la faculté de l’éducation permanente de l’université de Montréal et au département de psychologie de l’université de Sherbrooke.

  • Extrait de l’introduction

Personne ne peut prédire l’avenir. Qui peut affirmer ce que sera l’homme de demain, ses échecs, ses victoires, sa nature même ? Il est cependant possible d’en imaginer quelques tangentes à partir de l’expérience du passé et des observations de la conjoncture actuelle. Ainsi la perspective d’un monde futur chaotique en proie à un individualisme primaire et celle d’un monde futur étroitement régulé qui ne fait plus place à l’individualité coexistent aujourd’hui et sont déjà en partie actualisées. La direction qu’empruntera l’huma­nité n’est pourtant pas prédéterminée et elle repose en germe en chacun de nous. En effet, que l’on en soit conscient ou non, le mode de vie que nous adoptons, les buts que nous poursuivons découlent de nos choix personnels. Et ce, même chez ceux qui «choisissent» de ne pas choisir et de se laisser porter par l’air du temps. Ces choix personnels se fondent sur des valeurs et des convictions, qui véhiculent implicitement une certaine conception de l’existence et de la nature humaine. Depuis quelque temps, tout occupés que nous sommes à nous adapter ponctuellement à un monde en mutation et habités par un sentiment d’urgence permanente, nous n’avons guère le loisir de nous interroger sur cette nature. Nous sommes pourtant en train de la profiler par le mode d’existence que nous adoptons. Il est aujourd’hui essentiel, me semble-t-il, que chacun de nous s’interroge sur ce qui fonde notre humanité et sur ce qu’il est souhai­table d’en préserver. C’est dans le but de contribuer à cette démarche d’appropriation de nos orientations personnelles et collectives que j’ai entrepris la rédaction de cet ouvrage. On y trouvera un aperçu de la réalité humaine avec sa diversité, son universalité, ses conquêtes, ses forces et ses contradictions. Je tenterai aussi de faire valoir les conditions psychiques qui rendent possible une vision d’avenir élargie qui sache tabler sur la diversité des modes de rapport au monde plutôt que chercher à éliminer systématiquement ceux qui sont ponctuellement perçus comme inefficaces ou dépassés.

  • Table des matières

Chap.1 : S’interroger sur la nature humaine ?
Chap.2 : L’ordre des choses
Chap.3 : De l’individu émancipé au règne de la raison
Chap.4 : Une humanité en déroute
Chap.5 : Le cheminement moral
Chap.6 : Intégrisme économique, intégrisme religieux
Chap.7 : Se mesurer à l’idéal
Chap.8 : Le besoin de l’impossible

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