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Archive de la catégorie Politique
De la démocratie en Europe
15.5.2008 par admin.
Jacques Steiwer
L’Harmattan - Questions contemporaines - Avril 2008
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Présentation
Le présent essai tente de briser le carcan des idées reçues sur une « évidence » démocratique. Au-delà du mot galvaudé, usé et abusé par une rhétorique incantatoire, l’auteur veut retrouver un socle philosophique solide, sur lequel bâtir un véritable gouvernement « du peuple, pour le peuple et par le peuple ».
Ce faisant, il va chercher ses fondements chez les auteurs contemporains qui ont réfléchi avant lui à des questions de société. Ce sont avant tout les analystes américains, comme Searle et Austin, les penseurs de l’Ecole de Francfort, comme Jürgen Habermas, ou encore des penseurs systémiques, comme Niklas Luhmann, qui inspirent ses investigations.
Mais au-delà des références à une analyse structurante, l’auteur nous conduit à travers une foule de détails concrets, d’exemples immédiats, lesquels donnent à son texte une brisance exceptionnelle par leur référence continue à l’actualité. Il démasque les leurres d’un discours pseudo-démocratique, les avatars d’une dérive politique dangereuse, notamment en ce qui concerne la prépondérance que prend le pouvoir exécutif sur le pouvoir législatif dans les Etats modernes.
Un chapitre spécial est consacré à retracer les vicissitudes d’une Europe en mal d’unité.
Enfin, sans se limiter à une critique déstructurante, l’auteur cherche aussi à proposer des remèdes aux maux qui rongent la démocratie contemporaine.
Cela donne un livre chargé d’actualité, passionnant à lire, surtout par la manière peu courante dont il lie un discours philosophique fondateur à la dialectique du concret.
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L’auteur
Jacques STEIWER est Docteur en Philosophie. Né en 1939 au Grand-Dùché de Luxembourg, il a fait ses études à la Sorbonne sous l’égide du professeur Ricœur, et au Collège de France, où il a suivi l’enseignement de Maurice Merleau-Ponty. Sa carrière d’enseignant s’est déroulée à Bruxelles, aux Ecoles européennes. C’est dans cette ville qu’il a connu le sociologue marxiste Ernest Mandel, qui a beaucoup influencé sa pensée. Lui-même a été, tout au long de sa carrière, un observateur caustique et critique des Institutions européennes, dont il a vécu le fonctionnement de l’intérieur, en tant que membre de certains organes décisionnels.
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Extrait de la Conclusion (p. 246)
Cette dernière option philosophique nous paraît mieux rendre compte du vécu quotidien que nous éprouvons quand nous ressentons la nécessité de prendre position, de nous «engager» pour employer un vieux concept sartrien, en matière de morale ou de décision politique. Quelque part en nous-mêmes nous voulons garder cette étincelle que nous qualifions de liberté et qui fait que nous découpons la réalité dans un sens plutôt que dans un autre. Sans cette dimension, l’homme resterait plaqué à une réalité visqueuse qui ne le lâcherait pas d’un pouce, alors que sa capacité de construire l’à-venir lui vaut l’insigne privilège d’entrer dans l’Utopie.
Qualifier cette Utopie de non-lieu reviendrait à priver l’homme d’une dimension essentielle à toute conceptualisation, à toute philosophie. Aussi invoquerons-nous l’Utopie comme droit de l’imagination, mais aussi de la raison. «Réduire l’imagination à l’esclavage, quand bien même il y irait de ce qu’on appelle grossièrement le bonheur, c’est se dérober à tout ce qu’on trouve, au fond de soi, de justice suprême. La seule imagination me rend compte de ce qui peut être.» Ce sont les paroles d’André Breton, dans le premier Manifeste du Surréalisme, que cite Herbert Marcuse au septième chapitre de Eros et Civilisation, lorsqu’il clame le droit et la nécessité de renvoyer l’homme au-delà de ce qui est à ce que sa libération lui permet d’espérer et de projeter.
Nous sommes persuadés que ces dernières réflexions serviront à boucler les réponses aux questions ouvertes dans les premiers chapitres et donneront une assise granitique à l’édifice des idées qui y sont développées.
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Table des matières
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LE POUVOIR. Puissance et sens.
4.4.2008 par admin.
Monique Castillo
Michalon - “Le bien commun” - Mars 2008
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Présentation
Le pouvoir est une réalité dont on se méfie, que l’on craint et que l’on combat ; il est aussi une réalité que l’on souhaite, pour le renforcer, le transformer ou l’inspirer. Aujourd’hui, dans le cadre de la communication mondialisée, la diversité, la mobilité et parfois la contradiction des attentes à l’égard du pouvoir rendent son interprétation particulièrement difficile. La question pourrait se résumer ainsi : Quel est le statut du pouvoir dans le contexte de la mondialisation et sur le fond d’une grave mise en cause de la modernité ? Les conflits de pouvoir caractéristiques de notre temps peuvent se ramener à des jeux d’alliance et de mésalliace entre trois types d’attente : le pouvoir comme puissance, le pouvoir comme domination, et le pouvoir comme processus.
La méthode employée vise à faire découvrir intuitivement, de l’intèrieur, ce qui fait de chacune de ces positions une demande de sens autant qu’une volonté de pouvoir.
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L’auteur
Monique Castillo est professeur de philosophie à l’université de Paris-XII. Elle travaille sur la philosophie kantienne, l’éthique et la politique contemporaines.
http://monique.castillo.online.fr
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Extrait de l’Introduction, p. 5
“Le pouvoir est une réalité dont on se méfie, que l’on craint et que l’on combat ; il est aussi une réalité que l’on souhaite inspirer, renforcer ou transformer. Aujourd’hui, dans le cadre de la communication mondialisée, la diversité, la mobilité et parfois la contradiction des attentes placées dans le pouvoir rendent son interprétation particulièrement difficile.
L’extension et la concentration du pouvoir suscitent périodiquement la méfiance. C’est contre elles que, la Révolution française ayant accouché d’un empire, les voix libérales se dressent en les accusant d’être à l’origine de la Terreur. En 1918, l’effroyable preuve de la puissance des armes conduit à penser que la même maladie européenne a ravagé les moeurs politiques : l’accroissement du pouvoir. Les totalitarismes confortent la conviction que le pouvoir est désormais en mesure de s’emparer de tous les secteurs de l’existence en se prenant lui-même pour but, et qu’il a vocation à devenir, comme les guerres, total. Si, de nos jours, on s’inquiète plutôt de «la nouvelle légèreté du pouvoir» qui se mondialise, c’est que sa dématérialisation et sa nouvelle invisibilité le rendent à la fois absent et omniprésent, ceux qui nous commandent n’étant que la trace de ce qui nous commande.
Mais l’expérience de ces abus ne conduit pas seulement à le condamner, elle fait également surgir la nostalgie d’un autre pouvoir, intègre, innocent des vices qu’on déplore et pour l’avènement duquel l’urgence réclame des chefs actifs et puissants. Contre les faux pouvoirs resplendit l’imaginaire de ce que doit être le pouvoir. Ainsi, contre l’expérience de la Terreur révolutionnaire, on fera l’apologie de l’ancien pouvoir des Rois parce qu’il est hors d’atteinte du désir d’accaparement et bien inférieur aux pouvoirs accumulés au nom de la démocratie. Quant à l’État-nation moderne, sa légitimité républicaine n’est pas sans ennemis déclarés et, à ses inventeurs bourgeois, l’universalité révolutionnaire du prolétariat oppose un autre triomphe, celui de l’humanité totale, imposée par un pouvoir total. Plus près de nous, en réaction au désastre totalitaire, un retour à l’inspiration antique redonne aux conceptions prémodernes du pouvoir une nouvelle légitimité, qui conduit à opposer la politique au pouvoir et la dynamique du «vivre-ensemble» à la statique de la domination. Et, comme la surpuissance effrayante de Parme nucléaire n’incite pas seulement à reconsidérer la nature, mais bien l’usage du pouvoir qu’est la politique, on s’attache à l’espérance ambiguë d’un gouvernement mondial.”
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Table des matières
- Dossier de presse (à venir)
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Rawls. Pour une démocratie juste
3.4.2008 par admin.
Vanessa Nurock
Michalon - “Le bien commun” - Mars 2008
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Présentation
L’oeuvre de John Rawls (1921-2002) a marqué un tournant dans la pensée contemporaine et se trouve aujourd’hui au centre des débats portant sur les conditions d’une démocratie juste.
Elle propose une théorie de l’équité démocratique prenant en compte les conditions réelles de sa réalisation sans pour autant transiger sur les principes moraux et politiques.
Mais plus encore, elle constitue un classique, centrai dans les débats actuels, tant en philosophie morale et politique qu’en droit ou en économie sur les questions liées à la justice sociale et à la structure de la démocratie.
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L’auteur
Vanessa Nurock est agrégée et docteur en philosophie. Elle enseigne actuellement la philosophie à l’université de Lille-III.
Auteur d’une thèse sur : “Origine et genèse du sens moral” (D. Deleule dir.), 2006
Elle a récemment donné une conférence à la Société Alpine de Philosophie : “D’où vient la morale ? Questions d’une philosophe”
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Extrait de l’Introduction, p. 7
” Rares sont les oeuvres de philosophie politique dont la réception peut être comparée à celle de John Rawls, tant cette dernière a marqué un parmi les philosophes que les juristes ou les économistes, et dont l’influence s’étend, au-delà des milieux universitaires, aux hommes politiques, voire aux romanciers. C’est ainsi que le président américain Bill Clinton a pu affirmer sans exagération, en remettant à Rawls la médaille des «National Humanities» en 1999, que ce dernier avait contribué à raviver non seulement la philosophie éthique et politique mais aussi la confiance de toute une génération d’Américains en la démocratie.
L’écho de ces travaux est tel que se comptent déjà par milliers les articles consacrés à cette pensée, pourtant réputée austère et ardue, déjà traduite dans plus d’une vingtaine de langues. Cela ne rend que plus surprenant son assez faible écho en France, laquelle apparaît d’ailleurs probablement à cet égard comme le parent pauvre du monde francophone.
Être à la fois classique et peu ou mal connue, tel est sans doute le paradoxe de la vie ainsi que de l’oeuvre de Rawls. L’une des grandes originalités de cette pensée réside, en effet, dans son approche complexe des rapports entre tradition (ou histoire) et modernité (ou actualité) ainsi qu’entre théorie et pratique, dans le cadre d’une interrogation philosophique sur la justice sociale. Pour Rawls, en effet, la tradition philosophique et politique est conçue comme une source à laquelle on peut puiser pour fertiliser le présent, pour mieux le problématiser, ainsi que le recommande la philosophie analytique. La théorie est considérée, quant à elle, comme le soutien d’une pratique qui alimente à son tour la théorie. “
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Table des matières
Introduction
La justice comme équité en héritage
I - Le tournant rawlsien de la philosophie politique
Les quatre rôles de la philosophie politique
Limites et exigences de l’entreprise
Quelle procédure de décision pour l’éthique?
L’équilibre réfléchi
L’héritage contractualiste
La filiation kantienne
Une alternative à l’utilitarisme
Une conception de la règle comme pratique
II. La justice comme équité
La position originelle
Les principes de justice
Le sens de la justice et le raisonnable
III. Le libéralisme politique
La raison publique .
Pour un pluralisme démocratique: le consensus par recoupement
Conclusion
Extrait d’un texte de Rawls : “Le sens de la justice”
Glossaire
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Dossier de presse (à venir)
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Pourquoi la brèche démocratique
18.3.2008 par admin.
par Norbert Lenoir
Aléas - “Pourquoi ?” - Juin 2007
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Présentation
La démocratie est beaucoup moins en crise qu’en panne de vitalité politique. Cette panne s’analyse au niveau social et politique. La démocratie est effective si elle est capable de créer à la fois une citoyenneté politique et sociale.
La citoyenneté politique pose la question du pouvoir : que signifie le pouvoir du peuple ? Notre présent politique ne nous montre-t-il pas un peuple souverain tout à fait étrange ? En effet, on définit le peuple comme étant souverain tout en le privant de tout accès aux différents pouvoirs.
La citoyenneté sociale définit le peuple comme étant une communauté de personnes protégées par des droits sociaux. La démocratie n’est pas seulement un régime dans lequel les pouvoirs sont séparés et limités, mais c’est une activité politique qui vise à réduire les inégalités économiques. Mais notre présent nous montre une montée en puissance de la précarité et du chômage de masse qui coïncident avec une critique des systèmes collectifs de protection sociale.
Notre démocratie est en panne car elle ne veut plus se donner les moyens de réduire la double brèche qui existe en elle : la brèche politique qui crée une séparation entre un peuple de la majorité et celui des minorités et la brèche sociale qui tend à démanteler les systèmes collectifs de solidarité. Nous examinerons le problème de cette brèche et les réponses possibles pour revitaliser la démocratie en analysant, notamment, le problème de l’opinion publique, celui très à la mode de la démocratie participative ainsi que la question du démantèlement de l’État protecteur.
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L’auteur
Agrégé et docteur en philosophie, Norbert Lenoir enseigne à l’Université de Provence – Aix-Marseille I. Ses travaux portent sur la philosophie politique. Il a notamment publié La démocratie et son histoire (2006 PUF).
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Extrait de la Conclusion (p. 188)
“La démocratie est donc à la fois sociale et politique. Et c’est cette ambition de réaliser la démocratie dans ses deux versants qui non seulement lui donne une vitalité mais aussi une réalité. Cette ambition signifie la réduction de tous les rapports politiques et économiques qui génèrent l’arbitraire et la précarité. La précarité, c’est subir une loi, un règlement qu’un autre édicte et ne subit pas.
La démocratie, si elle veut lutter contre cette précarité, doit élaborer un système de droits protégeant les citoyens de l’arbitraire.
Mais précisément, dans un monde où tout est mobile et temporaire n’apparaît-il pas le risque d’une disparition d’une protection contre l’arbitraire ?
Pour répondre à ce risque, il nous semble bon de réactiver le sens originel de la notion de contrat. Il faut affirmer que ce contrat est essentiellement politique. Cela signifie que l’État doit produire une société de droit, c’est-à-dire une société animée par une volonté réelle de réduire les inégalités économiques et politiques. Mais cela signifie aussi que le contrat a pour objectif de créer des protections collectives à ses citoyens. Le contrat c’est aussi le rappel de l’État à ses responsabilités sociales.”
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Table des matières
Avant-propos
Chapitre 1
La démocratie et la dynamique de la séparation des pouvoirs. Existe-t-il une panne de l’opinion publique La tolérance, principe de structuration démocratique: entre séparation de l’espace social et dispersion du pouvoir de l’opinion
La panne de l’opinion publique: les sondages et les revendications identitaires
Chapitre II - Démocratie représentative et exigence de la participation. La représentation dilue-t-elle la démocratie ?
Rousseau et la démocratie délégative Ségolène Royal et la démocratie participative: illusion ou réalité?
Démocratie et exigence d’une représentation étendue
Chapitre III
Le contrat social et le marché, deux modèles d’individualité
Le modèle du marché Locke et l’ homo laborans
Adam Smith et l’ homo oeconomicus Le modèle du Contrat social
Les deux problèmes du marché: le consommateur politique et le démantèlement de l’État protecteur, Le démantèlement de l’État protecteur Conclusion
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Dossier de presse
> Du même auteur, lire aussi : “Marx penseur de la démocratie”, sur semimarx.free.fr
Résumé
Il y a une actualité non seulement économique, mais politique de l’œuvre de Marx. Marx, en distinguant la « démocratie véritable » de la « démocratie vulgaire », nous aide à élaborer une critique contemporaine de ce régime politique. Le problème que nous pose Marx est le suivant : la démocratie peut-elle répondre à son nom ? Le peuple peut-il réellement exercer le pouvoir ? Chez Marx, la démocratie n’est pas une utopie qui aimanterait l’histoire, une fin promise. Non ! Elle est avant tout une expérience historique qui coïnciderait avec la Commune de Paris de 1870. Cette expérience nous permet de questionner ce paradoxe contemporain : faire du peuple le souverain et dans le même temps l’exclure de tous les pouvoirs politiques.
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Usages politiques de l’animalité
13.3.2008 par admin.
Jean-Luc Guichet (éd.)
L’Harmattan - “La librairie des humanités” - Février 2008
Publié sous la responsabilité de l’Université Pierre Mendès-France (UPMF), Grenoble
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Présentation
Le propos de cet ouvrage est d’examiner les différentes manières dont le thème animal – c’est-à-dire aussi bien les animaux dans l’individualité de leurs espèces que la notion diffuse d’animalité – a pu être utilisée – réellement, symboliquement, idéologiquement, philosophiquement – dans l’argumentaire des pouvoirs, et des pratiques et discours qui les soutiennent ou les interrogent. Déjà, les rois antiques font de leurs chasses les emblèmes redoutables de leurs capacités de conducteurs d’hommes, les bêtes domestiques fournissant pour leur part de parfaits modèles d’obéissance. Après les bestiaires fantastiques du Moyen Âge et la rupture de la Renaissance, les temps modernes modifient la donne en faisant passer l’animalité devant l’animal et ses figures. Perdant l’évidence à la fois de son ancestrale sociabilité et de son essentielle rationalité, l’animal humain se révèle – avec Machiavel, Hobbes, Rousseau, puis Nietzsche, Freud et les contemporains – de plus en plus rétif, se révélant d’une sauvagerie au fond définitivement irréductible. Alors, l’animalité reflue des animaux vers l’homme et tend à constituer une naturalité problématisant profondément le politique et l’idée de droit naturel. Les XVIII° et XIX° siècles, et enfin les sciences humaines, l’éthologie, la sociobiologie, l’émergence de biotechnologies et de biopouvoirs, prolongent et amplifient cette dimension animale tout en la chargeant d’une complexité nouvelle et parfois inattendue. Ainsi, loin de se réduire à de simples stratégies d’instrumentalisation, les usages politiques de l’animalité comportent une dimension d’interrogation critique prenant à partie l’ensemble de la pensée politique.
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L’auteur-éditeur
Jean-Luc Guichet, agrégé et docteur en philosophie, est directeur de programme au Collège international de philosophie et membre du Comité régional d’éthique Expérimentation animale Paris-Île-de-France. Il a publié notamment en 2006 « Rousseau, l’animal et l’homme » (Editions du Cerf).
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Extrait de l’Introduction
“les puissances ont souvent manifesté une tendresse paradoxale à l’égard des bêtes. Cette singulière sollicitude s’observe particulièrement envers celles dangereuses, comme si les princes, en faisant signe d’une manière remarquablement forte et visible, adressaient une forme de reconnaissance, par-dessus les autres humains, à leurs égaux dans la nature, se prévalant par cette proximité d’une sorte de droit à part. Ainsi en est-il des rois légendaires dont les chars, dit-on, étaient tirés par des lions, du dressage des guépards et des rapaces pour la chasse ou laissés plus ou moins libres dans l’entourage du seigneur, des ménageries royales qui avoisinent les châteaux des souverains dès le moyen âge, jusqu’à nos hommes politiques se faisant photographier en compagnie de leurs chiens ou de leurs chevaux …. L’espace du pouvoir et de ses personnages s’auréole ainsi d’une présence animale potentiellement dangereuse qui y évolue en le signifiant de manière particulière. Zarathoustra lui-même, renouant avec cette longue tradition, se complaît, comme Blaise Benoit le relève dans son article, dans la familiarité des animaux forçant le respect tels le lion et l’aigle. Cette signalétique animale du pouvoir utilise également les bêtes en tant insignes, s’accaparant et arborant leurs attributs - têtes de panthère, fourrures, crocs, etc. -, au point parfois de mêler formes humaines et animales à la manière des dieux égyptiens. C’est là certainement la première valeur politique de l’animal: être un symbole redoutable, celui de la puissance, et non seulement de la puissance comme énergie brute, mais comme puissance bridée, témoignant d’un contrôle souverain de ses forces.”
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Table des matières
Introduction Jean-Luc Guichet
I – Les animaux : usages de l’ironie et de la cruauté
Face de roi. Assauts graphiques et crises de la représentation sous la monarchie de Juillet, Thomas Bouchet
Corrida, exécution capitale et pouvoir, Élisabeth Hardouin-Fugier
II – Les animaux : usages allégoriques et bestiaires imaginaires
Bestiaire et animal politique chez Machiavel. Une inscription paradoxale et polémique dans la philosophie politique, Marie Gaille
Usages de l’animalité et politique de la Fable : la démarche d’écrevisse de La Fontaine, Jean-Charles Darmon
Variations politiques autour des chèvre-pieds de Diderot, Annie Ibrahim
III – Perspectives d’anthropologie politique I : l’animalité politique de l’homme
Figures politiques de l’animalité dans la Cité grecque antique, Françoise Armengaud
L’animal politique des Lumières – Mandeville, Meslier, Buffon, Diderot, Jean-Luc Guichet
Le devenir-animal et la question du politique chez Gilles Deleuze, Éliane Martin-Haag
IV – Perspectives d’anthropologie politique II : animalité, « sous-humanité », « surhumanité »
Favoriser l’envol de la « bête blonde » (Nietzsche, l’homme, l’animal et le surhumain), Blaise Benoit
Le loup, le monstre, le bourgeois. Trois interprétations de l’animalité humaine selon Hobbes, Julie Saada
L’animalité comme limite et comme horizon pour la condition humaine selon Hannah Arendt, Thierry Ménissier
L’Homme est-il le seul animal politique ?, Pascal Picq
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Dossier de presse
“Le séminaire de Jean-Luc Guichet (Collège International de Philosophie) continue de suivre au plus près le cours de la frontière tout à la fois mobile et incertaine qui démarque l’homme de l’animal en y nouant désormais également le fil de la question de l’éthique et du droit selon la logique de progression prévue.(…)
Par ailleurs un livre est sorti aux Editions L’Harmattan, Usages politiques de l’animalité sous la direction de Jean-Luc Guichet qui a organisé les journées du Colloque de mars 2007 sur le sujet et dont les conférences retranscrites sont issues.”
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