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DUCHAMP ou le destin des choses
Frédéric Guerrin
L’Harmattan - Ouverture philosophique, série esthétique - juin 2008
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Présentation
Duchamp donne la formule complète de la modernité à l’aide de concepts empruntés aux sciences et qui deviennent chez lui les puissants opérateurs plastiques d’une fable scandée par le Grand Verre, les ready-mades, Étant donnés. Quatrième dimension, infra-mince, nominalisme pictural règlent ainsi le fonctionnement d’une oeuvre complexe en proie, comme toute une époque, à d’étonnantes manifestations qualitatives. L’intérêt de Duchamp pour la quatrième dimension rejoint celui des physiciens, des chimistes ou des algébristes pour le détail articulatoire dans lequel s’opèrent la transition du discret et du continu, le passage des qualités à leurs quantités pondérables. Dans la trinité opératoire de Duchamp, l’infra-mince récapitule les songeries et les résultats d’une physique de l’aléatoire, des phases, de la complexité. Car de Bergson à Poincaré, de Cournot à Mach ou même de Perrin à Boutroux, personne ne renonce à l’exploration de cette profondeur où s’accomplissent toutes les transformations. Au music-hall, au cinéma, dans les transes des médiums pareillement, la singulière poussée morphologique qui travaille les corps reconduit une esthétique des transports dont le romantisme ne s’était pas lassé. Entre conventionnalisme et nominalisme Duchamp entend bien restaurer une unité de l’expérience esthétique où le sens se donnera dans ses seuls effets plastiques. Attentif aux déploiements complexes des événements, averti du concours des circonstances et du fait que le destin des choses, si bien évoqué par Cournot, se trame d’insaisissables déterminations, Duchamp tire de sa fréquentation de Méliès, Jarry et Roussel la méthodologie d’une oeuvre d’indifférence qui aspirera à se conjuguer avec le hasard lui-même.
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L’auteur
Frédéric Guerrin, maître de conférences en arts appliqués à l’Université de Toulouse-le-Mirail, a publié L’Art, une théologie moderne, en collaboration avec Pierre Montebello (L’Harmattan, 1997).
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Table des matières
INTRODUCTION
CHAPITRE PREMIER: RECUEIL À QUATRE DIMENSIONS Laminage et déclenchement du plan, 27 - L’effacement des corps, 37 - La quatrième dimension ou la grande illusion, 45 - Escamotage, 55 - Corps d’opération, 61.
CHAPITRE II: PASSAGES
Mesures ùifra-minces, 71 - Séqllences, 75 - La méthode Jotiffret, 81 - Baqllet. chariot, traîneau, glissière et autres transports, 86 - L’l?YPothèse Cournot, 93.
CHAPITRE III: NORMALISATION
Simple machine, 101 - Qualités premières et secondes, 110 - Mesure et
congruence, 119 - Charnière, apparition, moulage, 125.
CHAPITRE IV: PROCESSUS CRÉATIF
Umites, 139 - Médillm, 149 - Sellils de conscient’e et déterminisme, 155 Les faits du nominalisme, 164 - Fausse querelle des unÎt’ersaux, 171 - Nominalisme et pragmatique, 180.
CHAPITRE V : COMMENSURABILITÉ DU LIBRE ARBITRE Notion de liberté, 187 - Ubre arbitre automobile, 193 - Étant donnée la convention, 198 - Jeux et règles de conduite, 204 - Duchamp extra-rapide, 213 - Membrane ,. Retard,220.
CHAPITRE VI: LE PASSAGE DE LA NATURE
Morphologie, 229 - Bifurcation, tmnini et relata, 235 - Discemable et discemé, 241 _ Décision, 248 - Nouvelle ontologie de l’oo/et, 256.
CONCLUSION
BIBLIOGRAPHIE
TABLE DES MATIÈRES
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Début de l’Introduction
Pierre Cabanne qui s’entretient avec Marcel Duchamp relève que « 1926 est l’année de la fêlure du Grand Verre» et s’étonnant que celle-ci suive « la direction des réseaux de stoppage» conclut que lorsqu’on « voit “Le Grand Verre” on ne l’imagine pas du tout intact ». À quoi Marcel Duchamp répond: «Non. C’est beaucoup mieux avec les cassures, cent fois mieux. C’est le destin des choses »1. L’exégèse n’aura certainement pas prêté suffisamment d’attention jusqu’alors à cet incident qui fait du Grand Vern ce qu’il est. Le dilettante Duchamp pouvait-il en espérer davantage? Que le destin en personne vienne parachever un ouvrage dont l’ampleur lui semblait désormais excéder ses capacités ou peut-être même, plus grave, son goût.
Ce destin des choses, l’artiste s’en fera le révélateur infatigable en concevant d’improbables protocoles expérimentaux. Il fallait, pour être aussi moderne que Duchamp, savoir laisser les choses advenir à leur propre nécessité, ce qui revient pour l’artiste à savoir s’éprendre de la vitesse mais à en refuser les emportements. Il fallait, une fois au moins, savoir s’inspirer de Nietzsche pour désirer mélancoliquement parcourir les cycles du destin. Peut-être, d’ailleurs, y a-t-il plus de neurasthénie chez Duchamp que d’indolence. Certes, on peut lire ses nombreuses traversées comme autant d’héroïques passages à l’acte et de franchissements des limites, mais sait-on bien qui l’emporte du train ou de Duchamp, du paquebot ou du peintre? Peu importe que cette destination soit empruntée dans l’ironie. Comme la pataphysique de Jarry, la pensée de Duchamp ne manque jamais de hauteur, qu’elle chevauche une bicyclette ou qu’elle nous convie au vis-à-vis incongru d’une roue de vélo dans sa fourche renversée sur un tabouret.
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Dossier de presse (à venir)
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