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Archive pour 29.5.2008

La Bestialité

Thierry Galibert

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Editions Sulliver - Mai 2008
  • Présentation

La bestialité n’est pas la bêtise, ainsi peut-on la rencontrer dans des esprits reconnus, tels André Breton et Jean-Paul Sartre. Elle affecte l’intelligence, et conduit à penser à contre bon sens, le plus souvent avec suffisance. Pour la cerner, l’auteur prend le parti de s’appuyer sur Antonin Artaud qui fut à la fois le plus grand pourfendeur de la bestialité et sa victime emblématique. A la suite de Marx qui la découvre en Victor Hugo, Antonin Artaud traque la bestialité dans la modernité occidentale, notamment dans le surréalisme. Avec Nietzsche, il constate que le processus évolutif de l’Occident conduit à transformer le monde en hôpital psychiatrique potentiel en lequel l’aliéné n’est pas celui qu’on croit.

  • L’auteur

Thierry Galibert est professeur de littérature française à l’Université Paul Cézanne/Aix-Marseille III, spécialiste de la poésie française du XIXe et du début du XXe siècle. Directeur de collections chez plusieurs éditeurs, et en particulier de la collection Archéologie de la modernité aux éditions Sulliver, il est aussi co-fondateur du Centre des Ecrivains du Sud. Auteur de nombreux articles et d’essais sur ce thème, Thierry Galibert a aussi dirigé le colloque consacré à Antonin Artaud, écrivain du Sud.

  • Extrait

” Socrate avait été, d’une certaine façon, le premier dénonciateur de la bestialité en même temps que sa première victime. Pour lui, « vide […] de toute pensée », l’homme du jouir ne vit pas « une vie d’homme », mais « celle d’une espèce de mollusque marin ou de tout ce qu’il y a dans la mer d’animaux avec un corps encoquillé ». L’automate d’Artaud est l’homme de la modernité tellement engagé dans la possession et la jouissance de la nature que, plus il affirme sa personnalité, plus il s’éloigne de lui-même. Le cogitatum y a annihilé le cogito, l’acte individuel de penser s’est abstrait de lui-même dans la réalité abstraite qui autorise à considérer le bien indépendamment du Vrai. Dans le double mouvement de réflexivité et d’ingestion de savoir, dans la confusion de la Vie et de l’existence, dès l’école se fabriquent les conditions de la bestialité dont la propension naturelle est de bâtir la cohésion sociale sur la dépouille de l’intelligence. Pour donner quelque crédit à la critique du capitalisme, il faut insister sur l’adhésion de toutes les Lumières progressistes à la thèse de la Liberté et du Bonheur d’Adam Smith. Non pas à un Smith pris synchroniquement dans ses Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations, mais préalablement auteur de Théorie des sentiments moraux. Tout le système libéralo-socialiste de la modernité occidentale, toute la pensée libertaire et matérialiste se situe dans la perspective d’Adam Smith pour qui le « seul usage » et l’« unique but » des institutions sociales est de « promouvoir le bonheur de ceux qui vivent sous leur juridiction ». Et qu’elle soit, pour cela, devenue le meilleur promoteur du capitalisme, c’est évidemment à sa conception de la liberté qu’elle le doit, celle-là même qui autorise le capitalisme à justifier par elle, et sa liberté d’entreprendre et la liberté qu’il accorde de consommer.
Que celui qui lutte « à 1 contre tout le monde, quand je suis seul de mon avis » finisse en bouc émissaire n’a donc rien que de très socio-logique. A Marseille, au moment de chercher des noms d’écrivains pour baptiser les salles de sa nouvelle bibliothèque, la direction s’est refusée à choisir Artaud au motif qu’il « sent le souffre ». S’il fut un temps où mieux valait avoir raison avec Breton que tort avec Artaud, il n’est pas révolu puisqu’il reste celui de penseurs qui, tels Breton et Sartre, croyaient qu’il suffisait de théoriser la liberté et le bonheur pour les croire applicables. Artaud, pour sa part, savait que les individus « les plus libres, les plus détachés, les plus évolués » le « croient idéologiquement ». Or que dire d’une pensée occidentale qui prône la liberté d’être soi si celui qui l’assume est ir-responsable de la tekhnê qu’il utilise ? En leur siècle, Sartre et Breton sont, dans leurs domaines respectifs, les exemples emblématiques de cette intellectualité qui a accumulé trop d’erreurs pour pouvoir les confesser. Contrairement à un pouvoir religieux qui finit par s’excuser de ses errements passés, la bestialité, dans sa continuité intellectuelle de cerveaux à cerveaux, persiste à pratiquer des procès en inquisition manichéens, et le pire est évidemment qu’elle y parvienne au nom des droits de l’Homme à la Liberté. “

  • Table des matières

Avant-propos
1. UNE SOLITUDE SANS COMPROMIS
1. Le cadre des apparences
2. Le bluff surréaliste
II. NOTRE IMPUISSANCE À POSSÉDER LA VIE
3. La séparation de l’idée d’avec la forme
4. L’esprit pratique
III. UN FASCISME DE LA CONSCIENCE
5. L’exsudat parasitaire du réel
6. Le mental réfléchissant
CONCLUSION
Le suicidé de la société
Notes
Index des noms

  • Critiques, dossier de presse

Traquer la bête
Parcours. La plongée littéraire de Thierry Galibert dans «la maladie de l’intelligence», avec Antonin Artaud en fil conducteur.

Par Robert Maggiori (Libération, 5 juin 2008)

Extrait : “Il n’est question, ici, ni d’amis des bêtes, ni de bêtes amies des hommes. Pas plus que d’exactions féroces, qu’on préfère déraciner de l’humanité et attribuer à l’animalité - alors qu’aucun animal n’agit jamais de façon «bestiale». Ni «rechutes» en ces états sauvages où se trouvait l’espèce humaine avant que Raison lui fût donnée. Encore moins d’accouplements peu naturels avec chiens ou ânesses. Aussi ne comprend-on pas tout de suite pourquoi l’imposant essai de Thierry Galibert, professeur de littérature française à l’université Aix-Marseille (1), s’intitule la Bestialité. Il dit expressément être consacré à la «maladie de l’intelligence», ce qui, au lieu de la bestialité, fait entrevoir la bêtise. Mais cette maladie-là est celle d’Antonin Artaud, qui en fut «le plus grand pourfendeur et la victime la plus emblématique» : elle n’est donc ni bêtise ni bestialité, sauf à considérer imprudemment que la folie y conduit, ou, mieux, à donner à bestialité un sens particulier que seul Nietzsche, peut-être, a entendu, et auquel Galibert donne une extension et une profondeur inouïes.”

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