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Archive pour 7.2.2008

Modernité de la logique archaïque. De Parménide à Gödel

par Roland Tournaire

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L’harmattan – Janvier 2008

  • Présentation

«Il semble bien que la relativité fournisse une preuve irréfutable en faveur de ces philosophes qui, comme Parménide, […] nient l’objectivité du changement et le considèrent comme une illusion ou une apparence provenant de notre mode particulier de perception.»
Ce propos du logicien Kurt Gödel, cité en exergue, illustre les analyses développées dans ce livre. Les esprits les plus lucides découvrent de nos jours les intuitions de la Grèce archaïque, celles des présocratiques comme Parménide, incomprises dès l’époque de Platon.
Cette tradition, oubliée pendant vingt-cinq siècles, paraît désormais capable de s’adapter aux connaissances les plus récentes. Ses conceptions du vide, du temps et de l’espace, de la causalité, de l’infini et de la limite, de l’actif et du passif, considérées comme absurdes par Aristote, sont étudiées ici de manière à faire ressortir la résonance moderne d’une logique pure opposée aux contradictions de la pensée classique.
La réflexion des auteurs bibliques et de leurs successeurs, les théoriciens du premier christianisme, se fondait-elle sur la même logique intuitive ? La doctrine hébraïque de l’existant serait-elle à l’origine de l’archaïsme grec ?

  • L’auteur

Roland Tournaire, à travers plusieurs ouvrages, applique une stricte méthode linguisique à l’analyse de textes hébreux, grecs et latins souvent oubliés ou mal compris. Il en ressort une interprétation inédite des Ecritures hébraïques et protochrétiennes ainsi que des tetxes grecs pré-socratiques.

  • Table des matières

Avant-propos / 1. Bilan préparatoire / 2. Gorgias, ou la rupture / 3. Vide / 4. temps / 5. Cause / 6. Le sophiste / 7. Infini et limite / 8. Actif-passif / 9. Conclusion générale

  • Extrait de l’Avant-propos

L’image de l’univers est pour nous aujourd’hui la même qu’elle était pour Démocrite: un nombre inconcevable de corpuscules disséminés dans l’espace sans bornes et se mouvant éternellement(I).

Cette opinion est partout enseignée. Or elle est fausse. A l’époque de Démocrite, l’idée qu’un espace puisse s’étendre à l’infini en toute direction n’est encore venue à l’esprit de personne. Il faudra des décennies pour qu’elle commence à poindre, cent ans pour qu’elle s’affirme, des siècles pour qu’elle soit admise comme réalité.

D’où vient cette universelle erreur ? Mais ce n’est pas la seule. On peut en dire autant de toutes les notions que l’on attribue généralement aux doctrines dites présocratiques : le temps au premier chef, et l’infini, le néant, le vide, le hasard, la nécessité, la cause, la liberté, être, ne pas être …

Par une tendance propre aux représentations humaines, on a lu les textes antiques à travers des images modernes auxquelles on a attribué une valeur pérenne: ce qui semble vrai aujourd’hui ou hier, croit-on, était vrai de tout temps. On aurait découvert d’emblée de grands principes qu’il ne serait plus possible de remettre en question. Pourtant l’évolution récente de la Physique montre que les acquis antérieurs n’étaient pas définitifs. Nul n’est donc tenu de croire à une évolution positive à partir des conceptions présocratiques, si méconnues, jusqu’aux conceptions aristotéliciennes aujourd’hui mises à mal.

Beaucoup de textes anciens nous sont révélés par des exégètes qui n’ont pas compris les écrits de leurs prédécesseurs. Par la suite, on a interprété la logique la plus ancienne par référence aux déformations que lui ont apportées ces commentateurs. Les notions et le sens des mots qui les portent se sont modifiés en un siècle, entre 450 et 350 avant notre ère. L’infini spatial commence à être imaginé au cours de cette époque, le vide et le temps universel aussi. Les mêmes termes grecs ainsi traduits, to apeiron, to kenon, ho khronos, avaient auparavant des significations qu’Aristote déjà ne connaît plus.

Le propos du présent ouvrage est de faire apparaître, sur des bases essentiellement linguistiques, en se fondant sur l’analyse des textes, quelle était la logique de la première pensée grecque, contraire à la nôtre ; logique insurpassable, pure et dure, dont les philosophes, à la suite des sophistes, n’ont pu se démarquer qu’au prix de contradictions. Au lieu de projeter le présent sur le passé, essayons la projection inverse: comment les théoriciens de l’époque archaïque accommoderaient-ils à leurs idées les théories de l’époque actuelle?

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