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DUCHAMP ou le destin des choses
11.7.2008 par admin.
Frédéric Guerrin
L’Harmattan - Ouverture philosophique, série esthétique - juin 2008
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Présentation
Duchamp donne la formule complète de la modernité à l’aide de concepts empruntés aux sciences et qui deviennent chez lui les puissants opérateurs plastiques d’une fable scandée par le Grand Verre, les ready-mades, Étant donnés. Quatrième dimension, infra-mince, nominalisme pictural règlent ainsi le fonctionnement d’une oeuvre complexe en proie, comme toute une époque, à d’étonnantes manifestations qualitatives. L’intérêt de Duchamp pour la quatrième dimension rejoint celui des physiciens, des chimistes ou des algébristes pour le détail articulatoire dans lequel s’opèrent la transition du discret et du continu, le passage des qualités à leurs quantités pondérables. Dans la trinité opératoire de Duchamp, l’infra-mince récapitule les songeries et les résultats d’une physique de l’aléatoire, des phases, de la complexité. Car de Bergson à Poincaré, de Cournot à Mach ou même de Perrin à Boutroux, personne ne renonce à l’exploration de cette profondeur où s’accomplissent toutes les transformations. Au music-hall, au cinéma, dans les transes des médiums pareillement, la singulière poussée morphologique qui travaille les corps reconduit une esthétique des transports dont le romantisme ne s’était pas lassé. Entre conventionnalisme et nominalisme Duchamp entend bien restaurer une unité de l’expérience esthétique où le sens se donnera dans ses seuls effets plastiques. Attentif aux déploiements complexes des événements, averti du concours des circonstances et du fait que le destin des choses, si bien évoqué par Cournot, se trame d’insaisissables déterminations, Duchamp tire de sa fréquentation de Méliès, Jarry et Roussel la méthodologie d’une oeuvre d’indifférence qui aspirera à se conjuguer avec le hasard lui-même.
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L’auteur
Frédéric Guerrin, maître de conférences en arts appliqués à l’Université de Toulouse-le-Mirail, a publié L’Art, une théologie moderne, en collaboration avec Pierre Montebello (L’Harmattan, 1997).
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Table des matières
INTRODUCTION
CHAPITRE PREMIER: RECUEIL À QUATRE DIMENSIONS Laminage et déclenchement du plan, 27 - L’effacement des corps, 37 - La quatrième dimension ou la grande illusion, 45 - Escamotage, 55 - Corps d’opération, 61.
CHAPITRE II: PASSAGES
Mesures ùifra-minces, 71 - Séqllences, 75 - La méthode Jotiffret, 81 - Baqllet. chariot, traîneau, glissière et autres transports, 86 - L’l?YPothèse Cournot, 93.
CHAPITRE III: NORMALISATION
Simple machine, 101 - Qualités premières et secondes, 110 - Mesure et
congruence, 119 - Charnière, apparition, moulage, 125.
CHAPITRE IV: PROCESSUS CRÉATIF
Umites, 139 - Médillm, 149 - Sellils de conscient’e et déterminisme, 155 Les faits du nominalisme, 164 - Fausse querelle des unÎt’ersaux, 171 - Nominalisme et pragmatique, 180.
CHAPITRE V : COMMENSURABILITÉ DU LIBRE ARBITRE Notion de liberté, 187 - Ubre arbitre automobile, 193 - Étant donnée la convention, 198 - Jeux et règles de conduite, 204 - Duchamp extra-rapide, 213 - Membrane ,. Retard,220.
CHAPITRE VI: LE PASSAGE DE LA NATURE
Morphologie, 229 - Bifurcation, tmnini et relata, 235 - Discemable et discemé, 241 _ Décision, 248 - Nouvelle ontologie de l’oo/et, 256.
CONCLUSION
BIBLIOGRAPHIE
TABLE DES MATIÈRES
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Début de l’Introduction
Pierre Cabanne qui s’entretient avec Marcel Duchamp relève que « 1926 est l’année de la fêlure du Grand Verre» et s’étonnant que celle-ci suive « la direction des réseaux de stoppage» conclut que lorsqu’on « voit “Le Grand Verre” on ne l’imagine pas du tout intact ». À quoi Marcel Duchamp répond: «Non. C’est beaucoup mieux avec les cassures, cent fois mieux. C’est le destin des choses »1. L’exégèse n’aura certainement pas prêté suffisamment d’attention jusqu’alors à cet incident qui fait du Grand Vern ce qu’il est. Le dilettante Duchamp pouvait-il en espérer davantage? Que le destin en personne vienne parachever un ouvrage dont l’ampleur lui semblait désormais excéder ses capacités ou peut-être même, plus grave, son goût.
Ce destin des choses, l’artiste s’en fera le révélateur infatigable en concevant d’improbables protocoles expérimentaux. Il fallait, pour être aussi moderne que Duchamp, savoir laisser les choses advenir à leur propre nécessité, ce qui revient pour l’artiste à savoir s’éprendre de la vitesse mais à en refuser les emportements. Il fallait, une fois au moins, savoir s’inspirer de Nietzsche pour désirer mélancoliquement parcourir les cycles du destin. Peut-être, d’ailleurs, y a-t-il plus de neurasthénie chez Duchamp que d’indolence. Certes, on peut lire ses nombreuses traversées comme autant d’héroïques passages à l’acte et de franchissements des limites, mais sait-on bien qui l’emporte du train ou de Duchamp, du paquebot ou du peintre? Peu importe que cette destination soit empruntée dans l’ironie. Comme la pataphysique de Jarry, la pensée de Duchamp ne manque jamais de hauteur, qu’elle chevauche une bicyclette ou qu’elle nous convie au vis-à-vis incongru d’une roue de vélo dans sa fourche renversée sur un tabouret.
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Dossier de presse
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Spinoza
8.7.2008 par admin.
Sévérac Pascal, Suhamy Ariel
Ellipses - “Philo-philosophes” - Juillet 2008
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Présentation
Au regard des encyclopédies, Spinoza est ordinairement présenté comme le philosophe de la Substance, qui seule existe et dont l’homme n’est qu’un Mode parmi d’autres, tous soumis au plus strict déterminisme. Le théoricien aussi du savoir absolu, seule voie vers la vraie liberté.
Pour autant Spinoza ne prétend pas tout savoir : il ne cesse au contraire d’avouer des gouffres d’ignorance, cernant les îlots de certitude ; mais c’est pour mettre ces îlots à l’abri de ceux qui font de l’ignorance un argument pour tout plonger dans l’abîme. Car l’ignorance se substantialise elle-même sous la forme d’illusions tenaces, vidant la réalité de sa substance propre et bloquant l’accès à la connaissance de l’homme et de la Nature. Le libre arbitre, le finalisme, l’exaltation des passions tristes, sont les piliers d’une construction bancale et absurde, qui toujours s’effondre sur ses bâtisseurs et que, faute d’un autre modèle, on s’obstine de siècle en siècle à échafauder de nouvelle façon. C’est cet autre modèle que Spinoza construit en même temps qu’il démonte le précédent.
Cet ouvrage n’a pas la prétention d’arpenter l’ensemble du système, mais seulement d’amorcer l’entreprise au moment où le savoir qui se sait se distingue de l’ignorance qui s’ignore. Alors, le progrès est possible.
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Les auteurs
Pascal Sévérac est agrégé et docteur en philosophie. Il enseigne à la Courneuve (93) et est directeur de programme au Collège International de philosophie (CIPh). Il a publié différents ouvrages sur Spinoza : Le devenir actif chez Spinoza, aux éditions Honoré Champion (2005) ; L’Ethique de Spinoza (1997), L’Appendice à la première partie de l’Ethique de Spinoza (1999) ainsi que La perception (2004) aux éditions Ellipses. Il a codirigé avec Chantal Jaquet et Ariel Suhamy : Fortitude et servitude, lectures de l’Ethique IV de Spinoza, aux éditions Kimé, (2003) et Spinoza, philosophe de l’amour, Publications de l’Université de Saint-Etienne (2005). Dernière parution, aux éditions Ellipses, en collaboration avec Ariel Suhamy : Spinoza (2008). Auteur de divers articles sur la philosophie du XVIIè siècle et de différents comptes rendus (comme dans la revue Astérion), il travaille actuellement sur les usages contemporains du spinozisme dans les sciences humaines, notamment autour de la question du corps et de ses affects : il anime sur ce thème, à partir de février 2008, un séminaire au Collège international de philosophie.
Ariel Suhamy est journaliste multimédia, agrégé de philosophie.
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Table des matières
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Début de l’Introduction
Au fronton de la philosophie occidentale est inscrite la parol~ de Socrate: « je sais que je ne sais rien ». On sait d’ailleurs que ce dont on a fait un commencement traduit plutôt une rupture avec les philosophes dits présocratiques, qui étudiaient la Nature; l’humilité socratique rabat la sagesse à hauteur de l’homme: elle est désormais conscience de soi, plus précisément de son ignorance, et non connaissance d’objets. Un long divorce est prononcé entre la science et la pensée, dont les multiples arrêts jalonnent l’histoire de notre philosophie.
Spinoza, a priori, serait à remiser chez ces Présocratiques puisqu’il entend parler du point de vue de la Nature et traiter le sujet humain comme un objet de science parmi d’autres: «je considérerai les affects humains comme s’il était question de lignes, de figures et de volumes» (Éthique III, préface). Il est d’ailleurs reconnu que la conscience ne tient pas dans sa pensée la place principielle qu’elle occupe chez Descartes, lequel se voyait comme l’héritier de Socrate - même si je ne sais rien, je sais que j’existe - faisant jaillir de la réserve socratique une suite admirable de conséquences. Tandis que Spinoza, dédaignant ces voies, renouerait avec les lointains Éléates, se plaçant de plain-pied avec l’Être pour bâtir une superbe, mais intempestive, Ontologie. De là, du reste, l’abord intimidant de son œuvre principale. Ainsi Bergson, dans un texte célèbre, évoquait avec humour « le formidable attirail des théorèmes avec l’enchevêtrement des définitions, corollaires et scolies, et cette complication de machinerie et cette puissance d’écrasement qui font que le débutant, en présence de l’Éthique, est frappé d’admiration et de terreur comme devant un cuirassé du type Dreadnoughtl ».
Dossier de presse (à venir)
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Qu’est-ce qu’un con ?
8.7.2008 par admin.
Eléments du savoir-penser et agir
Denis Faïck
Pleins Feux - Avril 2008
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Présentation
Traiter quelqu’un de con est assez fréquent et ne pose aucun problème sémantique. Or quand la question de la définition est posée, la réponse bute sur le vaste champ que ce mot recouvre. Car nous sommes en définitive tous le con de quelqu’un. Toutes les catégories socioculturelles sont concernées par ce qualificatif. Comment alors se repérer clans cette représentation immense ? Si chacun d’entre nous est un con selon des critères relatifs. comment trouver l’essence de cette insulte ? D’autant que les nuances sont nombreuses : gros con, sale con, vieux con, petit con. Denis Faïck.
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L’auteur
Docteur en philosophie, diplômé de l’Institut Français de Yoga, Denis FAÏCK a été enseignant au lycée, intervenant à l’INSA (Institut National des Sciences Appliquées) et à l’Université Américaine de Toulouse ; il est aujourd’hui chargé de cours en philosophie et histoire des idées à l’Université Libre de Toulouse, et membre associé d’une équipe de recherche (participation aux travaux) au Centre d’Etude de la Langue et de la Littérature Française des XVII° et XVIII° siècles du CNRS, UMR 8599, Université Paris IV-Sorbonne. Il est également membre de la Société Toulousaine de Philosophie. Il a suivi l’enseignement de Paule Mourrut de l’IFY dans le cadre de la formation de professeurs, ainsi que les cours de Robert Cottet de l’Institut du Yoga Traditionnel. Denis FAÏCK est aussi ceinture noire 1° dan de nihon jujitsu (nihon taï jitsu).
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Extrait (fin du livre)
Si la connerie menace l’homme, c’est précisément parce qu’il peut être intelligent. Mais l’intelligence a pour tâche d’affronter sans cesse le déséquilibre. Les autres animaux sont guidés par un instinct qui les porte à agir de la meilleure façon. Cet animal instinctuel ne se trompe pas. Il accomplit son essence par le chemin le plus approprié. Sa vie est ainsi adéquate au monde, sans écart qui le pousserait à l’errance et au manque existentiel, qui sont par contre des caractéristiques de l’être humain. La connerie est le prix à payer pour l’intelligence qui cherche continuellement à mettre en œuvre une correspondance qui lie l’homme et le monde, ou qui du moins les rapproche, relation fragile, tourmentée, qui est sans doute notre éternel combat, car un écart trop important n’aurait d’autre conséquence que la perte de l’humanité. Si la connerie peut faire rire, elle est en même temps le revers de la médaille, revers puissant puisqu’il menace la vie.
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Dossier de presse (à venir)
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Mortibus n° 6/7
1.7.2008 par admin.
Le pouvoir ou la mort !
Mortibus - n°6/7 - Printemps 2008
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Présentation de la revue : manifeste
” Indexée sur les valeurs marchandes et financières, sur la « nécessité » de l’exploitation et de la servitude, de l’entreprise et de la concurrence, la vie n’est-elle pas dans le même temps indexée sur la mort ? Si la vie doit perpétuellement s’adapter aux critères financiers, à la valeur et aux logistiques compétitives de création de plus-values, n’est-elle pas spontanément condamnée à visiter sans fin des horizons d’ennuis morbides, de destructivité, d’agressivité, d’atrophie, d’agonie, etc. ? Le projet générateur de la revue est de fournir au lecteur des éléments de réponse à ces questions qui touchent de près l’économie thanatique dans nos sociétés capitalistes contemporaines. Il s’agirait de traquer et critiquer les représentants individuels et collectifs, les incarnations idéologiques, imaginaires, symboliques, artistiques, culturelles, institutionnelles, administratives, etc., d’une pétrification des devenirs de la vie qui a trouvé dans le système capitaliste ultralibéral un terrain psycho-patho-politique à la hauteur de ses ambitions. Nous avons des capitalismes incarnés jusqu’aux os à mesure que nous affirmons l’implacable réalité de ce monde. Mortibus, farceuse et ironique, en refuse l’absurdité totale et veut donner la part belle à la raison émouvante et à l’embrasement de la vie. “
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Sommaire du n°6/7
MORTIBUS
Pouvoir de suivre, pouvoir de nuire
Roger DADOUN
Pouvoir
Olivier VERDUN
L’énigme de la domination
Cédric DEMANGEOT
D’un corps placé devant la police
Jean-Marie BROHM
Corps et pouvoirs: à propos du fascisme corporel ordinaire
Wilhelm REICH
La signification de la répression de la vie sexuelle des jeunes dans le capitalisme
Olivier GRAS
La morte érotique
Jean-Luc DEBRY
Domination matriarcale. Le pouvoir de la mère dans la jouissance des Pièta
Thierry RIFFIS
Sainte famille des dominants
Louis SALA-MoLINS
Droit et pouvoir à l’ombre des Lumières Louis-
Vincent THOMAS
Le droit à la mort a-t-il un sens?
Jean-Paul GAVARD-PERRET
La tactique antisépulcrale. Sens et non sens de la profanation
Christian Isidore ANGELLIAUME
Entre sabres et goupillons
Jean-Paul CURNIER et Emmanuel LOR
Train de vie, lignes de pouvoir. Chemins de fer, cinéma et espaces sensibles
Camille BRÉNI et Thierry RIFFIS
L’involition
Philippe RIVIALE
Peurs et pouvoirs. Gustave Le Bon, la psychologie politique et la défense sociale
Denis COLLIN
Du libéralisme au pouvoir sans limites
Matthieu DOUÉRIN
Laisser-faire ou laisse et fers? L’irrésistible colonisati des esprits d’État par le libéralisme économique
Olivier VERDUN
Où va la France ?
Marie-Claire CALMUS
Impuissante puissance individuelle, impotent pouvoir politique
Serge MUSCAT
Regards au travers d’une fissure
CRISSO / ODOTEO
Barbares. Le jaillissement désordonné
Michel KELLER
L’emporter sur les pouvoirs symboliques de la conformité sociale
Jean-Paul GAVARD-PERRET
Sade : théâtraliser la littérature, pervertir le pouvoir
Gilles BIZIEN
Kannihalistique contemporaine
Marc PERELMAN
Le pouvoir totalitaire de la télévision
Christophe DARGÈRE
Le pouvoir de mortification de l’institution médico-sociale
Emmanuel LOR
Spectacle du pouvoir
Autorités
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Extrait du texte de Denis Colin : Du libéralisme au pouvoir sans limites
“Le « libéralisme » est mis à toutes les sauces, même les plus indigestes. Depuis Thatcher et Reagan, c’est-à-dire depuis la fin des années 1970, la vague libérale aurait submergé le monde, le monde capitaliste d’abord puis le reste du monde après l’effondrement des pays du « socialisme réellement existant » et le ralliement de la Chine, du Viêt Nam et de quelques autres aux bienfaits du marché. Ce « libéralisme » semble avoir gagné puisque même ses adversaires patentés le reconnaissent comme un horizon indépassable. La social-démocratie traditionnelle, celle des héritiers de la IIe Internationale, s’y est, pour l’essentiel, convertie. La politique du « neue Mitte » de Gerhard Schröder en Allemagne qui a conduit le SPD à démanteler l’État-providence, la « troisième voie » de Anthony Giddens mise en pratique par Tony Blair et Gordon Brown, le nouveau « parti démocrate » italien sont quelques-unes des expressions les plus frappantes de ce triomphe libéral.
En même temps, il faut constater, très curieusement, que ce triomphe s’accompagne de la liquidation des idéaux les plus anciens et les plus vénérables de la tradition libérale. Au cœur de la pensée libérale classique figuraient le gouvernement représentatif et la protection des libertés individuelles. Le gouvernement parlementaire n’est plus, dans le meilleur des cas, qu’une façade vermoulue qui ne dissimule même plus la montée en puissance des nouveaux héros « bonapartistes »1, riches, amis des riches, vedettes médiatiques, grands manipulateurs de l’opinion publique. Le pouvoir personnel, le césarisme et toutes les formes de gouvernement qui pourraient s’apparenter à l’absolutisme étaient les hantises des libéraux « à l’ancienne ». Les nouveaux libéraux sont les plus ardents propagandistes du césarisme branché et de la liquidation du parlementarisme. Il n’en va pas mieux avec les libertés individuelles. La Grande-Bretagne fière de son habeas corpus et de ses libertés est aujourd’hui un des pays les plus avancés dans la voie annoncée par George Orwell. Ce pays bat tous les records en matière de caméras de vidéosurveillance et de fichage des citoyens. Dans certaines villes, il existe même des hauts-parleurs qui permettent à l’agent de vidéosurveillance de rappeler le citoyen négligeant à ses devoirs. Aux États-Unis, le patriot act adopté à la suite du 11 septembre 2001 donne des pouvoirs quasi illimités à la police et aux services secrets2. La vie privée n’existe plus : dans ses moindres faits et gestes le citoyen peut être soumis au contrôle policier. Tout ce qu’il dit ou écrit à ses amis pourra être retenu contre lui. Guantánamo symbolise parfaitement ce qu’est devenue la démocratie en Amérique et ailleurs.
Bref, le libéralisme est devenu le nom sous lequel se développe un pouvoir d’État sans limites, une tyrannie douce qui n’est pas pour autant cette tyrannie de la majorité dont Tocqueville entrevoyait la naissance inéluctable. Comment cela est-il arrivé ? Pour répondre à cette question, plusieurs pistes doivent être explorées. L’analyse des transformations structurelles du capitalisme et l’histoire des luttes de classes au cours des trois ou quatre dernières décennies donneraient une explication de fond précieuse. Nous essaierons d’en brosser un tableau d’ensemble, nécessairement trop général, mais permettant de restituer le mouvement sur le long terme. Une deuxième piste serait de distinguer le libéralisme classique, un libéralisme politique qu’on pourrait défendre et prolonger dans une perspective plus radicale d’émancipation sociale — un peu à la manière du socialisme libéral italien de Carlo Rosselli — et un « libérisme » réduisant le libéralisme à la liberté absolue des « entrepreneurs », c’est-à-dire des capitalistes, de gouverner le monde en fonction de leurs objectifs propres. Le libéralisme présent serait donc un « libérisme » ayant trahi les idéaux du libéralisme et combinant la tyrannie politique à la liberté économique pour les puissants. Enfin la troisième piste serait de se demander s’il n’y a pas aussi quelque chose dans le libéralisme classique qui permet de comprendre comment cette doctrine a pu se renverser en son contraire.”
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La pensée antique
1.7.2008 par admin.
Mythes, sagesses orientales et philosophie grecque
Yves-Marie Adeline
Ellipses - Juin 2008
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Présentation
En exposant avec clarté les pensées du monde entier à l’époque antique, ce livre met en lumière le lien entre la pensée occidentale et la pensée orientale.
Tout commence avec l’enseignement par le mythe. Puis l’Inde rayonne, non seulement sur l’Orient excepté Confucius, mais aussi sur l’Occident. Certes, les Grecs inventent la ” philosophie ” à proprement parler, puisqu’ils sont les premiers à exiger une justification du discours par la raison, mais leur vision générale du monde ne libère pas des grands concepts indiens sur la nature environnante, le corps et l’âme.
Même l’immense travail d’Aristote, première manifestation d’indépendance radicale de la pensée occidentale par rapport à l’Orient, ne suffit pas à prévenir le resserrement des liens entre les philosophies hellénistiques et les fondamentaux brahmaniques, à la suite de l’épopée d’Alexandre. C’est finalement saint Augustin qui, au crépuscule de l’Antiquité et à l’aube du Moyen Âge, émancipe définitivement l’Occident de sa sujétion intellectuelle à l’Orient.
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L’auteur
Docteur de la Sorbonne, philosophe, poète et dramaturge, Yves-Marie Adeline est l’auteur de plus d’une quinzaine d’ouvrages, parmi lesquels une monumentale Histoire mondiale des idées politiques mur éditions Ellipses. Il enseigne à l’Esma et à l’Escem.
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Extrait p.5
” Une chose est de savoir, ou au moins d’imaginer, comment les hommes ont pu commencer à penser: dans l’état actuel de notre compréhension du monde, nous ne pouvons que nous livrer à des spéculations difficilement vérifiables. Autre chose cependant est d’essayer de comprendre ce qui anime constamment la pensée et ce, selon notre hypothèse, dès le commencement de l’humanité : le désir de régularité.
Par-delà la seule pensée, ce désir est à la base de tout phénomène de civilisation. Dans leur vie grégaire, dans la satisfaction de leur besoin alimentaire, dans leur souci de sécurité, face à la maladie, et dans bien d’autres choses encore, et des plus abstraites, ce qui caractérise en premier l’activité des hommes est un besoin de régularité.
Il y a plusieurs manières pour un homme de se servir de sa pensée. Il peut vouloir imaginer un outil, ou un plan de chasse, ou une recette de cuisson. Dans le domaine qui nous intéresse ici, un homme décide de se servir de sa pensée, non plus pour satisfaire une attente immédiate, mais pour se comprendre lui-même et comprendre ce qui l’entoure; la première question qu’il se pose est de savoir comment d’abord, et pourquoi ensuite, les mouvements de la nature sont réguliers. La deuxième question sera de savoir comment produire un modèle régulier du monde. La troisième sera de savoir comment régulariser lui-même ce qui ne l’est pas, ou pas toujours. “
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Dossier de presse (à venir)
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